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Les mammifères sauvages du Québec

Jean O’Neil

Écrivain
Montréal

J’ai vu le loup, le renard, le lièvre,

J’ai vu le loup, le renard passer.

Les jeunes chantent-ils encore ce vieil air de folklore? Chose certaine, l’enfant né à la campagne ou même dans une lointaine banlieue voit souvent passer le renard et le lièvre dès sa prime jeunesse. Le loup, c’est moins sûr. À la périphérie de nos villes, les fermes, les boisés, les terrains vagues, un golf sont des édens pour les animaux sauvages.

Sur le chemin de l’école, l’enfant de ces lieux peut voir passer le renard, attiré par quelques volailles du voisinage, et le goupil ne manque pas de festoyer à leurs dépens. Le lièvre, lui, se verra aux premières neiges quand on suivra sa piste à travers les sapins pour lui tendre des collets et rêver de tourtières.

Une vision plus familière est celle de dame mouffette avec son élégant manteau noir et blanc. Indépendante dans son aura méphitique, elle se fiche bien qu’on mette un f ou deux à son nom. Être aussi jolie et s’appeler bête puante!

Ces promenades dans les boisés offrent souvent une rencontre plus agréable : le raton laveur, chat sauvage ou « racoune », beau bandit masqué qui s’aventure parfois dans nos poubelles. Le porc-épic, balourd inoffensif, est une peste dont les chiens n’apprennent pas à se méfier et qui se retrouvent avec des aiguilles plein la truffe. D’aucuns l’appellent « porte-pics ».

Une autre voisine est la marmotte, grand malheur pour les potagers. Elle creuse son terrier près d’une clôture, à l’abri de la machinerie agricole. Elle adore également les terrains de golf où elle se nourrit de soleil et d’herbe tendre, assise près de son terrier et sifflant de bonheur, d’où le nom de siffleux qu’elle porte tout l’été.

Écureuils gris et roux sont de purs voyous à qui convient bien le nom d’« écureux ». Le premier, mauvais citadin, saccage plates-bandes, jardinières, et éventre les sacs à ordures en quête de friandises. Il est tout de même protégé par sa belle queue et son habileté à faire des acrobaties. Son cousin roux vit plutôt dans les boisés ou en forêt. Il semble toujours en colère et vocifère à longueur de journée tout en dévalisant des nids et en se gavant de noix, de fruits et de champignons. Le tamia rayé, par contre, est un aimable voisin. On l’appelle suisse parce que sa robe rappelle la tenue des hommes de la garde papale... peut-être. Toujours alerte, toujours sur le qui-vive, on ne lui reproche aucun méfait. Rare mais magnifique est la prestation de l’écureuil volant, le polatouche, appelé aussi « assapan ». Il se jette du haut des arbres en ouvrant le cerf-volant qu’il garde entre ses pattes et plane comme un ange.

Les fermes et les banlieues reçoivent parfois de plus importants visiteurs. Un orignal s’y égarera à la surprise générale, mais notre élan d’Amérique n’y est pas à l’aise comme dans les grands marécages où il patauge avec panache en mangeant des nénuphars et, le plus souvent, il disparaîtra comme il est venu. Quant au chevreuil – dandy, il préfère son titre de cerf de Virginie – ce sont surtout les vergers qui l’attirent hors de la forêt.

L’ours noir s’aventurera rarement hors de son habitat à moins qu’il n’y ait trop de framboises ou de bleuets sur les terres en friche. Comme l’orignal et le cerf, son domaine reste celui des grandes forêts. Quant aux coyotes, revenus de l’Ouest depuis peu, on les entend hurler la nuit pour célébrer le fruit de leur maraude.

Quand la maison a son potager, il suffit souvent de bêcher pour déranger une taupe ordinaire ou « en étoile », le condylure, sorte de monstruosité magnifique, sans parler du petit peuple des campagnols, gerboises, musaraignes et souris diverses qui, par ignorance populaire, deviennent tous des mulots. Le surmulot, c’est le rat, un indésirable attaché à l’homme par toute la planète. Moins nocive mais fourrée partout, la souris commune est également une plaie universelle.

Aux domaines de l’eau, saluons le castor, grand architecte qui, avec ses barrages, aménage des étangs importants à même des ruisseaux insignifiants. Attardons-nous à regarder la loutre glisser sur les rochers de la rivière et faisons connaissance avec le rat musqué, l’ondatra des Amérindiens, qui navigue en godillant avec sa queue.

Au bout de toutes les campagnes, nous voici en forêt, forêt de feuillus ou forêt boréale, farcie de pensionnaires d’une grande discrétion et qui n’en sortent jamais. Le lynx roux, par exemple, ou loup-cervier, qui dort immobile tout le jour sur une branche; la martre, petit chat curieux et enjoué qui, elle aussi, préfère chasser la nuit; son cousin le pékan; le vison, si précieux; la belette, cette coquette qui préfère le titre d’hermine!

On prétend que le couguar est revenu et les preuves n’en manquent pas, mais il se cache fort bien. Le caribou, notre renne, a été réintroduit avec succès dans Charlevoix et en Gaspésie, mais c’est fort peu de chose en regard des troupeaux de la toundra.

Dans la forêt boréale, on revoit l’orignal dans toute sa majesté, près de quelques lacs, ainsi que l’ours noir qui pêche souvent « à la tape » au bord des torrents et des rivières. Cette forêt est aussi le domaine du carcajou, « grizzli » de la taille d’un chien, à qui on attribue une intelligence diabolique, lui qui découvre les caches de vivres des forestiers, s’en goinfre et souille ce qu’il ne peut manger pour revenir s’en délecter plus tard, d’où son autre nom de glouton.

Dans le domaine du rêve, il y aurait encore l’avion pour aller saluer l’ours blanc, le « nanouk » des Inuits, roi des glaces polaires, l’isatis ou « tiriganiak », renard blanc des neiges, pour regarder grouiller l’immense peuple des lemmings et pour voir les troupeaux de bœufs musqués, « omingmaks », qui broutent des lichens dans la neige des îles nordiques.

Une ombre volante domine tout ce beau monde : la chauve-souris.

Mais toujours point de loup? L’« amarok » des Inuits est bel et bien dans la toundra, mais il est plus simple d’aller l’écouter hurler le soir dans la vallée de la rivière Jacques-Cartier. Après des journées de patience, de fortuites rencontres sont possibles. Sinon, il reste les jardins zoologiques de Granby et de Saint-Félicien. Mieux encore, il y a le Refuge Pageau, à Amos, car Michel Pageau, mondialement connu, parle avec les loups. Alors, au retour, on peut chantonner :

J’ai vu le loup, le renard, le lièvre,

J’ai vu le loup, le renard passer.

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