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La géographie humaine du Québec

Henri Dorion

Professeur
Université Laval

Telle qu’elle se présente au début du 21e siècle, la géographie humaine du Québec est en quelque sorte le résultat d’une sédimentation historique de quatre siècles de découvertes, d’échanges, de conquêtes, de conflits parfois, dont les effets confèrent au territoire humanisé une intéressante variété. Les peuples autochtones puis les Européens ont su tirer profit de la variété naturelle du pays, et même parfois forcer les limites qu’elle leur imposait. Par la fondation de villages et de villes, l’exploitation des ressources, la création de structures spatiales particulières et d’un réseau de communication de grande envergure, ils ont contribué à diversifier les paysages. La géographie humaine du Québec est de ce fait plus complexe que sa géographie physique.

Des variations dans le mode d’occupation et d’utilisation du territoire par les autochtones avaient déjà défini au Québec des différences régionales. Dans le Sud-Est, les Micmacs utilisaient autant les littoraux que les cours d’eau pour subvenir à leurs besoins en transport et en nourriture. Dans le Nord, les Inuits, à partir de leurs installations littorales, fréquentaient, pour les mêmes raisons, la mer et la terre ferme. Les zones de trappe et de pêche des Innus nomades se situaient essentiellement à l’intérieur du bouclier forestier, alors que c’est dans les basses-terres du Saint-Laurent que les Mohawks, davantage sédentarisés, s’adonnaient à l’agriculture.

Les nouveaux arrivants européens accentuèrent les différenciations régionales de diverses manières mais, de tout temps, l’eau a été le facteur déterminant de l’installation et des mouvements humains. Les premiers établissements permanents se firent le long du Saint-Laurent. À l’époque de la fondation des villes de Québec (1608), de Trois-Rivières (1634) et de Montréal (1642), on vit se développer un long chapelet de villages de part et d’autre du grand fleuve. À partir du 18e siècle, le territoire intérieur fut l’objet d’une occupation progressive, d’abord dans les basses-terres du Saint-Laurent qui offraient des conditions favorables à l’agriculture. Plus tard, au-delà de la plaine, les affluents du Saint-Laurent constituèrent à la fois des voies de pénétration vers les régions montagneuses et une source d’énergie exploitable pour l’installation de moulins sur les dernières ruptures de pente des Appalaches et du Bouclier. Encore plus tard, la géologie de ces deux régions expliquera la présence d’agglomérations qui ont été érigées sur le site de gisements de minéraux utiles ou précieux.

Cette évolution a doté le Québec d’une gamme de régions humainement bien différenciées. Quant au degré d’occupation du territoire, un écart énorme sépare les régions urbanisées, dont la plus importante, celle de Montréal, regroupe la moitié de la population de la province (3 600 000 habitants sur un total de 7 500 000), et la région du Nord-du-Québec, où la densité de la population est inférieure à un habitant au kilomètre carré. Par ailleurs, il est intéressant de constater que c’est dans la plus exiguë des trois régions géographiques du Québec, à savoir les basses-terres du Saint-Laurent, que sont situées six des neuf villes dépassant 100 000 habitants et les trois quarts des 40 villes de 20 000 habitants et plus. Historiquement, cela s’explique par la forte concentration de population rurale dans cette région qui est la seule à offrir des conditions agricoles continûment favorables, outre les exceptions que constituent les dépressions de l’Abitibi-Témiscamingue et du Lac-Saint-Jean, où l’on a réussi à implanter des activités agricoles non négligeables. Des activités parallèles ont cependant largement contribué à l’essor de ces deux régions, l’exploitation minière quant à la première, l’exploitation forestière pour ce qui est de la seconde.

Le paysage rural québécois n’est pas homogène. Hérité de la période de la Nouvelle-France, le système cadastral issu du régime des seigneuries et du découpage en rangs caractérise la plus grande partie de la campagne québécoise. Une terminologie originale en est issue : rang simple, rang double, montée, côte, fronteau, trécarré, concession, etc. Au 19e siècle cependant, à partir de la période de l’exode des loyalistes, bon nombre d’immigrants américains ont importé dans les Cantons-de-l’Est leurs us et coutumes, ce qui a conféré au paysage estrien un visage particulier, sur le plan géométrique de la campagne, tout comme sur celui de l’architecture et de l’aménagement des propriétés.

Fort différents encore sont les paysages côtiers de l’est du Québec. La Côte-Nord et la Gaspésie sont des régions d’habitat linéaire où des villages, vivant à l’origine largement de la pêche, sont enserrés entre la mer et un arrière-pays presque vide, à l’exception des établissements, souvent temporaires, installés en pleine forêt pour l’exploitation de ressources minérales ou la construction d’aménagements hydroélectriques.

En résumé, la géographie humaine du Québec est composée de régions aussi complémentaires que différentes et, parfois, chevauchantes :

  • le jardin du Québec, ce triangle agricole qui se confond, grosso modo, avec les basses-terres du Saint-Laurent;

  • un immense réservoir forestier situé principalement dans le Bouclier et dont l’exploitation doit cependant se soumettre à de sévères règles de protection;

  • la forêt laurentienne, percée d’une multitude de lacs, un paradis de chasse, de pêche et, dans sa partie plus méridionale, de villégiature;

  • une constellation de villes multifonctionnelles dont les plus populeuses occupent les bonnes terres de la plaine du Saint-Laurent, ce qui constitue un défi pour l’équilibre urbain-rural;

  • les Appalaches, région faite d’un bon nombre de sous-régions dotées de personnalités fort différentes, davantage sur le plan humain que physique;

  • un Québec maritime s’étirant des deux côtés de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent et abandonnant progressivement la pêche pour des fonctions davantage tournées vers les services, dont le tourisme;

  • un Québec insulaire, lui-même formé d’une série d’archipels qui s’égrènent depuis Montréal jusque dans le golfe : au lac Saint-Pierre, à la tête de l’estuaire en commençant par l’île d’Orléans près de Québec, en face de Mingan, sur la Basse-Côte-Nord, sans oublier ce monde à part que constituent les Îles-de-la-Madeleine.

Le Québec : un pays de pays!

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