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Le fleuve Saint-Laurent

Henri Dorion

Professeur
Université Laval

(voir aussi l’article Les îles du Saint-Laurent)

Le Saint-Laurent est le maître-fleuve du Québec et même du Nord-Est américain. Il draine un territoire grand comme trois fois la France. Issu de cinq grands lacs qui sont de véritables mers intérieures, il est successivement rivière, fleuve, estuaire pour devenir le golfe du Saint-Laurent, un prolongement de l’Atlantique à l’intérieur des provinces orientales du Canada. Ce grand fleuve, le seizième de la planète par sa longueur et son débit, le sixième de l’Amérique du Nord, constitue en lui-même une région, car ses rives et les milliers d’îles qui ponctuent son parcours font de ce complexe fluvial un véritable pays, au sens traditionnel du terme. Encadré par deux blocs montagneux de dimensions et de profils très différents, le Bouclier canadien au nord et les Appalaches au sud, le Saint-Laurent constitue à de nombreux égards l’épine dorsale du Québec.

Le fleuve a été la porte d’entrée des explorateurs qui ont jeté les premières bases de ce qui est devenu la Nouvelle-France. À partir de l’axe central qu’il a toujours constitué géographiquement, diverses routes ont prolongé la route des explorateurs qu’il a d’abord été. Elles l’ont relié avec l’intérieur du pays pour en structurer le développement économique. Par la rivière des Outaouais, la route des fourrures a vu les animaux de la forêt boréale alimenter un commerce florissant avec l’Europe. Tout au long du Saint-Maurice, la route du bois a apporté la ressource forestière de l'arrière-pays à Trois-Rivières, la capitale mondiale du papier; cela a été possible grâce à l'extraordinaire épopée de la drave, puis à la voie routière. Le Saint-Laurent est aussi relié à la Mégalopolis américaine par le Richelieu, navigable jusqu’à New York grâce à des aménagements qui ont eu leur importance historique, aujourd’hui résumée à la navigation de plaisance. C’est enfin par le Saint-Laurent et son royal prolongement qu’est le Saguenay que la route de l’aluminium met en contact une des plus grandes alumineries de la planète avec le reste du monde.

Le Saint-Laurent et ses affluents forment un pays dont les différentes parties sont des mondes complémentaires. L’eau, les îles, les rives, les arrière-pays ont constitué des habitats spécifiques qui se sont échelonnés dans l’espace et dans le temps. Le Saint-Laurent est un fleuve habité : explorateurs, navigateurs et pêcheurs le fréquentent depuis longtemps. Leurs ports d’attache s’échelonnent d’aval en amont dans l’axe fluvial mais également loin à l’extérieur de son bassin, aux États-Unis, en Europe et sur d’autres continents.

Outre ces populations flottantes, le Saint-Laurent a aussi ses habitants permanents. Plusieurs de ses quelque 2000 îles sont habitées. Elles ne le sont pas de façon uniforme; la variété du monde laurentien se manifeste là de façon éloquente. Nombreuses sont les îles rocheuses inhabitées. Mais certaines, en dépit de leur nature inhospitalière, ont vu des pêcheurs, souvent d’origine terre-neuvienne, venir s’y installer pour profiter de la ressource halieutique qu’offre le golfe du Saint-Laurent. Harrington Harbour, devenu maintenant célèbre grâce à un film à succès, La grande séduction, en est le plus bel exemple. Certaines îles n’ont eu pour habitants que les gardiens de phares, car il faut dire que le Saint-Laurent est un fleuve difficile et qu’il est de ce fait ponctué d’un grand nombre de phares dont quelques-uns en sont encore les gardiens. Plusieurs sont installés sur des îles, mais le littoral est également balisé d’un grand nombre de ces sentinelles du Saint-Laurent. Deux mondes originaux habitent le golfe et forment exception dans cet ensemble insulaire : l’île d’Anticosti, une vaste réserve faunique et forestière habitée par un important troupeau de chevreuils et les îles de la Madeleine, un ensemble de noyaux rocheux, de flèches sablonneuses, de falaises et de lagunes depuis longtemps habité par des pêcheurs et maintenant marqué par un intense développement touristique.

Vers l’amont, le fleuve se rétrécit alors que sa plaine littorale s’élargit en même temps que le domaine agricole qui s’étend de part et d’autre de l’axe fluvial. Certaines de ses îles, les plus vastes, participent de cette mise en culture. Les îles Verte, aux Grues, aux Coudres, d’Orléans constituent un crescendo de plus en plus agricole vers l’amont. Plus loin encore vers l’ouest, deux deltas ponctuent le cours du grand fleuve : le delta du lac Saint-Pierre, une véritable Louisiane québécoise, avec des bayous, des chenaux capricieux, des îles inondables, et le delta qui marque la rencontre de la rivière des Outaouais et du Saint-Laurent. Deux archipels profondément différents : agriculture, villégiature et refuges fauniques caractérisent le premier alors que le second est presque complètement urbanisé; là s’étendent Montréal et ses villes satellites qui, d’ailleurs, débordent maintenant largement le delta.

La métropole montréalaise, née du fleuve et de la convergence des routes fluviales et terrestres qui s’y croisent, n’est plus le terminus de la navigation fluviomaritime depuis l’ouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent qui en assure le prolongement vers les Grands Lacs. Mais sa fonction portuaire demeure importante, car elle assure la liaison intermodale la plus directe entre le cœur industriel de l’Amérique du Nord et les marchés de l’Europe, et cela, à longueur d’année. Les trois quarts du trafic maritime dans le Saint-Laurent sont destinés à l’international; seulement le quart de ce trafic concerne les ports du Saint-Laurent entre eux ou avec ceux des Grands Lacs. Ces chiffres amènent des spécialistes à estimer que cette route fluviale est encore sous-utilisée, bien que le tonnage total des ports du Québec se situe en moyenne autour de 100 millions de tonnes par an. Leur profil est fort variable : les matières premières dominent très largement dans les ports de la Côte-Nord, alors qu’à Montréal et, dans une mesure moindre, à Québec, la gamme des produits manipulés est large.

Il faut enfin rappeler que l’axe du fleuve a contribué à structurer le paysage québécois loin derrière ses rives. Le système cadastral, qui a géométriquement organisé le paysage rural du Québec, est né du Saint-Laurent : c’est à partir de l’habitat littoral primitif le long du fleuve que les rangs se sont multipliés parallèlement vers l’intérieur. Le pays est donc, en ce sens, calqué sur le Saint-Laurent, du moins dans la plus grande partie des basses-terres qui bordent le fleuve et qui, malgré le fait qu’elles ne représentent que 2 % de la superficie du Québec, abritent plus de 80 % de sa population.

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