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La chasse et la pêche sportives au Québec

André Croteau

Journaliste et écrivain

La chasse et la pêche occupent depuis toujours une place importante parmi les activités de loisir et de subsistance des Québécois. Même si ces activités plafonnent depuis deux décennies, une personne sur cinq s’adonne à la pêche et on vend annuellement au Québec quelque 400 000 permis de chasse.

Ces deux activités sont intimement liées à l’histoire de notre pays. Pendant deux siècles, la chasse, sous forme de trappage, a servi de moteur à l’économie de la Nouvelle-France. Bien que l’industrialisation ait ensuite pris le relais, les retombées économiques de la chasse et de la pêche, encore au début du 20e siècle, tenaient une bonne place dans le produit intérieur brut.

Parmi de multiples facteurs, le commerce et les échanges internationaux font évoluer les sociétés et passer les modes. L’utilisation des fourrures pour la fabrication des vêtements a décliné constamment au fil des siècles. Le castor, la plus abondante de nos fourrures, a déjà représenté 90 % de nos exportations. Avec son duvet, appelé « pile » par les trappeurs et les marchands de fourrures, on tissait un feutre très fin et brillant avec lequel on fabriquait des chapeaux (« tuyaux ») de castor, symbole d’élégance masculine en Europe. Cette coquetterie passagère n’a eu d’égal, au 20e siècle, que le manteau de fourrure porté dans les pays froids et même tempérés. Mais, vers la fin du 20e siècle, un certain nombre de personnes, ici et ailleurs, se sont opposées publiquement à l’exploitation des bêtes sauvages. Ajoutée à cela, l’utilisation des fibres synthétiques a fait que le commerce des fourrures s’est alors effondré et le métier de trappeur professionnel a disparu presque complètement, ne laissant derrière lui que la légende des coureurs des bois.

Aujourd’hui, seuls quelques irréductibles nostalgiques marchent sur ces traces anciennes. Ils posent encore pièges et collets, mais le peu de revenus qu’ils tirent de la vente des peaux brutes couvre à peine les dépenses entraînées par ce genre d’activité, devenue essentiellement récréative.

Pendant ce temps, la chasse aux oiseaux migrateurs et au gibier a connu un essor régulier avant d’atteindre son apogée il y a tout juste 20 ans. Sauf durant une brève période à la fin du 19e et au début du 20e siècle, elle n’a jamais été exploitée commercialement. En effet, le potentiel reproductif de nos populations animales et nos rudes conditions climatiques sont des facteurs importants qui ne le permettent pas.

Au temps des découvreurs et des coureurs des bois, exception faite du trappage, la chasse et la pêche étaient des activités vivrières. Contrairement à l’usage en Europe où la chasse était une activité pratiquée surtout par les nobles, la chasse et la pêche étaient chez nous, à l’instar de la cueillette des fruits et des plantes sauvages, une tâche de survie qui n’apportait guère d’autre satisfaction que de vaincre la faim en temps de crise de subsistance.

L’exploitation commerciale croissante de nos forêts a d’abord entraîné la constitution d’un vaste réseau de voies de pénétration dans l’arrière-pays. La coupe à blanc de vastes clairières a favorisé la croissance de certaines populations, particulièrement celles des orignaux et des chevreuils. Une forêt adulte, composée d’arbres qui occupent tout l’espace et empêchent la lumière du soleil d’atteindre le sol, se révèle presque à coup sûr un désert zoologique. Au contraire, l’abattage des arbres favorise la croissance d’une végétation basse qui fournit un fourrage de première valeur aux ongulés. Au cours du dernier demi-siècle, le nombre total des orignaux a quintuplé au Québec et celui des chevreuils a décuplé.

Au 20e siècle, notre économie est passée de l’agriculture à l’industrialisation. Prospérant grâce à cette dernière, la population des villes, gonflée par l’immigration et la migration de nombreux campagnards, a grandi à un rythme semblable à celui du gros gibier. Après la Deuxième Guerre mondiale, les citadins aisés ont eu les moyens de s’offrir des automobiles et des vacances. Il n’en fallait pas plus pour qu’ils répondent de nouveau à l’appel de la forêt, et la chasse au gros gibier a connu son apogée dans les années 1980. L’aviation de brousse, utilisant nombre d’avions de guerre, a servi au transport des prospecteurs et des chasseurs. Désormais, on pouvait se rendre aisément dans la toundra et chasser le caribou, autre gros gibier dont la population s’est multipliée de façon exceptionnelle. En outre, la chasse doit son succès aux armes et à leur efficacité accrue, grâce aux lunettes de tir mises au point pendant la guerre.

Parmi le gibier à plumes, seules l’oie blanche et la bernache se sont multipliées de façon notable. L’oie blanche, ce magnifique oiseau, a d’abord remplacé l’outarde, que l’industrialisation avait privée de ses sources de nourriture le long du Saint-Laurent, notamment de la zostère dans la région de l’Île-Verte. L’oie blanche s’est adaptée en changeant ses habitudes alimentaires, troquant le scirpe, plante marine abondante sur les battures du fleuve, pour les graminées dont elle dévore les racines, si bien qu’elle est devenue l’ennemie des agriculteurs. De nos jours, il en est de même des bernaches dont le troupeau augmente constamment et de façon fulgurante.

Comme la chasse, la pêche était d’abord une activité alimentaire. Explorateurs et coureurs des bois se rabattaient sur le poisson quand il était plus facile à attraper que le gibier, ou meilleur au goût, particulièrement après l’hiver, quand perdrix, lièvres, chevreuils et orignaux sont amaigris. Les premiers engins de pêche étaient des filets simplement tendus entre deux marées ou en travers d’un cours d’eau. Plus tard, des habitants établis sur les berges du Saint-Laurent ont mis au point des fascines, barrière infranchissable que suivent les poissons du fleuve – anguille, alose, esturgeon, doré et bar – pour aboutir dans une trappe que l’on vide à marée basse.

La pêche à la ligne existe depuis toujours; on la pratiquait avant même l’invention de l’hameçon de fer. Les Amérindiens, comme les Inuits du Grand Nord, pêchaient avec des hameçons en os ou avec des harpons armés de pointes d’ivoire. La pêche est devenue récréative avec l’avènement des moulinets, et sportive grâce aux moulinets à lancer. Elle a fini par donner lieu à la compétition entre individus, ce qui n’a jamais été le cas de la chasse. Dans le cas des concours de pêche sportive, qui offrent d’importantes récompenses, les prises sont le plus souvent relâchées.

Mais, de façon générale, cette pratique constitue l’exception. Aucun pêcheur du dimanche ne renoncerait au plaisir de déguster la chair de ses prises : truite, doré, perchaude, achigan ou brochet. Quant au Nemrod, l’amateur passionné, s’il vante la détente, la franche camaraderie avec ses pairs et la satisfaction de déjouer l’instinct de sa proie, il garde toujours en mémoire son but premier : rapporter de la viande chez lui.

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