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Les îles du Saint-Laurent

André Croteau

Journaliste et écrivain


Montréal


Le fleuve Saint-Laurent a surgi il y a 15 millions d’années à la suite de la dernière glaciation de notre planète. Il est parsemé de centaines d’îles du fait qu’il s’est taillé un lit dans un substrat de roc et de schiste. Ces îles, de toutes tailles, s’égrènent ou s’agglomèrent sur quelque 1000 km depuis sa source dans les Grands Lacs jusqu’à son estuaire. Si certaines, comme les îles de l’archipel de Montréal, ont perdu leur personnalité du fait qu’elles se fondent avec la terre ferme qui les entoure (de nombreux ponts les relient à la terre ferme), la plupart ont gardé leur caractère original grâce, en bonne partie, à leur éloignement des grands centres.

Pour qui arrivait d’Europe, la taille et le débit du grand fleuve, comparés à ceux des cours d’eau du Vieux Continent, avaient de quoi impressionner. Quant aux îles, les plus grandes se trouvant à l’entrée du Saint-Laurent, les premiers explorateurs confondaient leur long littoral avec celui des terres continentales. Ainsi, c’est lors de son deuxième voyage que Jacques Cartier a constaté sa méprise et nommé Anticosti, du latin ante costa (la côte avant la côte).

C’est la plus vaste et la plus sauvage des îles du Saint-Laurent. Elle fait 222 km de longueur et sa surface double presque celle de l’Île-du-Prince-Édouard. Jadis royaume privé du chocolatier français Henri Menier – qui en fit un paradis de chasse et de pêche en y introduisant le chevreuil et en rendant accessibles les rivières à saumon de l’Atlantique – Anticosti est aujourd’hui une réserve faunique administrée par le gouvernement du Québec.

Si elle n’a jamais été vraiment colonisée parce qu’elle était inculte et inhospitalière, cette île a toujours été habitée par des gens de passage : Inuits, Amérindiens, squatters venus de Terre-Neuve, du Labrador et d’Acadie. Outre Menier, celui qui marqua le plus l’histoire de l’île est un aventurier du nom de Louis-Olivier Gamache. C’était un trafiquant qui s’établit à Port-Menier avec sa famille en 1810. On a dit de lui qu’il était un vil naufrageur, capable d’allumer des feux sur la berge pour faire s’échouer les navigateurs imprudents. Chose certaine, il était un fameux matelot et il ne reculait devant aucune supercherie pour provoquer la crainte de ses semblables. Aujourd’hui, le seul monument érigé à Anticosti porte le nom de Louis-Olivier Gamache.

C’est à l’île aux Coudres qu’on chassait jadis les marsouins ou bélugas. Ces blancs mammifères marins fournissaient chair, cuir et huile, tellement d’huile qu’elle lubrifia longtemps les locomotives de l’Amérique. Aujourd’hui, de nombreux touristes y séjournent, pour la visiter et contempler la ravissante côte de Charlevoix.

Les habitants de l’archipel de Montmagny étaient des marins sans pareils, n’hésitant pas à affronter les eaux traîtresses du fleuve, tourmentées à cet endroit, pour atteindre Montmagny, notamment. Si, trois saisons par an, la navigation était difficile à cause de la présence inopportune et imprévisible de hauts fonds mouvants, l’hiver, la glace devenait le plus important obstacle. L’eau salée et les courants forts entraînaient la glace à dériver sous forme de frasil ou d’îlots solides. Les valeureux canotiers de l’île aux Grues l’affrontaient à bord de canots à glace, longues embarcations sans quille, tantôt contournant les glaçons, tantôt courant dessus, exercice périlleux où la moindre erreur pouvait être fatale.

Les îles du Saint-Laurent sont les témoins privilégiés de l’histoire de notre pays. En effet, elles ont occupé les toutes premières pages des carnets de voyage des grands explorateurs. Jacques Cartier, Samuel de Champlain et, plus tard, James Cook ont visité ces îles et consigné leurs observations, souvent en termes dithyrambiques.

Nul ne s’étonnera que les îles du Saint-Laurent aient de tout temps été fréquentées par des personnages remarquables. Souvenons-nous de tous les militaires que la France colonisatrice et l’Angleterre conquérante ont envoyés au Canada. Parmi les Britanniques, les frères Kirke, Phips, Durell et Wolfe sont les mieux connus.

En face de Québec se dresse l’île d’Orléans, joyau du Saint-Laurent, qui a servi de point d’appui à la plupart des assaillants de cette ville. Une première colonie s’y serait, paraît-il, installée dès 1542. Vaste, solidement ancrée sur un socle de roc mais couverte de terres fertiles, elle s’est toujours imposée comme premier fournisseur de denrées alimentaires pour la ville de Québec. Plusieurs fermes appartiennent encore à des descendants directs d’agriculteurs français qui s’y étaient établis autrefois. Au sujet de l’île d’Orléans qu’il appela sur-le-champ « île de Bacchus », Jacques Cartier, envoûté, parla des gros melons qu’on y récoltait; voilà qui est tout à fait invraisemblable.

Plus tard, on surnommait familièrement l’île d’Orléans l’« île aux Sorciers ». Certains pêcheurs érigeaient des fascines sur ses rives et venaient à marée basse prélever leur récolte, s’éclairant la nuit de fanaux à l’huile de marsouin. Aperçues par les habitants de la rive sud, ces lueurs fugitives, jaunâtres et vacillantes, étaient qualifiées de feux follets et vues comme les âmes de marins damnés venues hanter les lieux où ils avaient jadis bourlingué.

Quant à l’archipel de Sorel, il est gratifié d’une immense quantité et d’une infinie variété d’oiseaux. Situées à l’embouchure de la rivière Richelieu, voie de communication directe avec les côtes de l’Atlantique, les îles de Sorel ont servi de site d’échanges privilégié, particulièrement pour le commerce des fourrures. Cet archipel se trouve en aval de Montréal et regroupe une centaine d’îles dont la géométrie et le nombre varient au gré des niveaux du Saint-Laurent, le maximum étant atteint quand la crue printanière scinde temporairement certaines d’entre elles. Les plus importantes de ces îles ont été colonisées au 17e siècle et sont toujours habitées.

Les îles du Saint-Laurent ont inspiré poètes, romanciers et cinéastes. Nous viennent à l’esprit l’Ode au Saint-Laurent du poète Gatien Lapointe, Toutes isles, Pour la suite du monde et Les voitures d’eau du cinéaste et poète Pierre Perrault et Le Survenant, personnage mythique des îles de Sorel évoquées par la romancière Germaine Guèvremont.

Bon nombre d’îles du Saint-Laurent occupent une position stratégique par rapport au continent et c’est pour cette raison qu’elles ont joué un rôle important dans l’histoire. Ville-Marie, aujourd’hui Montréal, a été érigée dans une île pour faciliter sa défense. Ce bourg fortifié deviendra la métropole du Québec.

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